Documents gratuits
Poisson, B. & Poisson M. (2023). La biopsychologie systémique (BPS), une approche intégrée du comportement, styles et troubles de personnalité. Magazine L'Orientation, vol. 13(2).
Poisson, B. (2022). Il est où le bonheur selon la biopsychologie systémique, OrienAction
Poisson, B. & Poisson, M. (2018). Des premières émotions à la construction de la personnalité Dans Communication, tensions et conflits. Éditions des archives contemporaines. 37-51.
Poisson, B. (2015). Perspective biopsychologique systémique des émotions de base. SMQ, 40(3)
Poisson, B.& Morin, M.-A., (2011). L’inventaire biopsychologique de Poisson, fidélité et validité. Revue québécoise de psychologie, 32(2), 233-245
Pyramide neurodéveloppementale ISCAR de la biopsychologie en lien avec l'attachement et le sensoriel
Bien nourrir son cerveau pour maintenir l'homéhostasie des neurotransmetteurs
Suggestions de vidéos à visionner
ISCAR : UN MODÈLE BIOPSYCHOLOGIQUE DES ÉMOTIONS, DE LA PERSONNALITÉ ET DE LA SANTÉ MENTALE, article non publié
ISCAR : UN MODÈLE BIOPSYCHOLOGIQUE DES ÉMOTIONS, DE LA PERSONNALITÉ ET DE LA SANTÉ MENTALE
ISCAR: A BIOPSYCHOLOGICAL MODEL OF EMOTIONS, PERSONALITY, AND MENTAL HEALTH.
(Article non publié)
Auteurs
Benoît POISSON, D. Psy.,
psychologue et formateur en pratique privée
Centre ISCAR, b.poisson@iscar.pro
Marianne POISSON, M. Sc.,
ergothérapeute et formatrice en pratique privée
10 septembre 2025
ISCAR : UN MODÈLE BIOPSYCHOLOGIQUE DES ÉMOTIONS, DE LA PERSONNALITÉ ET DE LA SANTÉ MENTALE
RÉSUMÉ
ISCAR est un modèle biopsychologique émergent visant à étayer un cadre conceptuel pour comprendre les étapes du développement comportemental, tant dans ses aspects normatifs que pathologiques. Cette approche novelle se concentre sur l'étude des émotions et des troubles cliniques, tout en explorant les styles de personnalité et leurs potentielles dérives pathologiques. Une description des cinq circuits neurohormonaux est détaillée en lien avec les cinq émotions primaires tout comme les cinq circuits neuronaux en lien avec les cinq styles de personnalité primaires. L’interaction entre deux circuits dominants permet de définir dix émotions et dix styles de personnalité secondaires. Ce sont les excès tant au niveau des circuits neurohormonaux qui apportent des déséquilibres à court terme tels que les troubles de l’adaptation ou cliniques tandis que des excès au niveau des circuits neuronaux vont apporter des déséquilibres à long terme tels que des traits ou des troubles de personnalité. En fusionnant les perspectives biologiques et psychologiques, le modèle ISCAR vise à fournir une compréhension des mécanismes sous-jacents qui façonnent les comportements individuels. Il propose ainsi aux cliniciens et chercheurs un modèle novateur permettant d'analyser et d'interpréter le spectre des comportements humains, des plus adaptés aux plus problématiques.
Mots clés : circuits neurohormonaux, émotions, styles et troubles de personnalité
INTRODUCTION
Le modèle ISCAR, une approche biopsychologique émergente propose une compréhension actualisée du comportement humain, normatif et pathologique. S’appuyant sur des recherches scientifiques, des observations cliniques et les neurosciences, cette approche offre une nouvelle grille de lecture pour saisir les singularités des individus à travers le prisme des styles et troubles de personnalité. ISCAR postule que l'unicité de chacun se manifeste par des réactions variables face à des situations similaires, différences qu'il explique par l'influence du fonctionnement cérébral sur la personnalité et les émotions.
Le modèle s'articule autour de cinq circuits neuronaux fondamentaux, dont le développement est crucial durant l'enfance et l'adolescence : l'instinctivité (pulsions de survie), la sensorialité (perception et mémorisation pour la sécurité), la cognitivité (motivation et acquisition de connaissances), l'affectivité (empathie et liens sociaux) et la réflexivité (conscience morale). L’ISCAR met en lumière les interactions entre ces circuits neuronaux et suggère que leur maturation progressive jusqu'à l'âge adulte est un facteur clé du développement de la personnalité.
Pour faciliter l'application de ces concepts, ce modèle propose la boussole ISCAR, un outil qui facilite la compréhension et la visualisation des liens entre les circuits neuronaux et les styles de personnalité. Cette approche se révèle utile pour les professionnels de la santé mentale et de l’éducation, car elle offre un moyen d'accompagner les individus vers une meilleure compréhension de leurs réactions comportementales. De plus, elle est bénéfique pour toute personne cherchant à mieux comprendre et gérer ses propres comportements.
LE CERVEAU HUMAIN, UN RÉSEAU DE CIRCUITS
NEURONAUX ET NEUROHORMONAUX
Le cerveau humain, organe complexe régissant les comportements, se distingue par son organisation sophistiquée. Loin d'être une masse uniforme, il est structuré en un réseau élaboré de circuits neurohormonaux. Ces voies d'information, reliant les différentes régions cérébrales, permettent une communication rapide et précise entre les structures. Selon les travaux de Panksepp (1998), Schore (2008) et Giedd et coll. (1999), la maturation cérébrale progressive engendre l'apparition de ces connexions, résultat d'une longue sélection évolutive. Ces circuits, composés de matière grise et blanche, constituent l'infrastructure fondamentale du fonctionnement cérébral.
La matière grise est le siège des corps cellulaires des neurones. Ces corps cellulaires, comparables à de minuscules ordinateurs biologique, sont responsables du traitement de l'information sensoriel et des signaux provenant des autres structures cérébrales. Ils constiuent les centres de traitement de l'information du cerveau, permettant l'apprentissage, la mémoire, la prise de décision et l'exécution d'actions complexes.
En complément de la matière grise, la matière blanche joue un rôle essentiel dans le fonctionnement cérébral. Elle est constituée de millions de faisceaux d'axones, ces prolongements longs et fins des neurones qui permettent la transmission rapide et efficace des signaux électriques à travers le cerveau. Ces axones peuvent être comparés à des autoroutes miniatures, reliant les différentes régions du cerveau et permettant une communication fluide entre les neurones. La matière blanche tire son nom de la myéline, une gaine isolante qui entoure certains axones, jouant un rôle crucial dans la vitesse et l'efficacité de la transmission des signaux. Ce revêtement protecteur agit comme un isolant électrique, empêchant les signaux de se disperser et permettant une transmission rapide et précise de l'information (Zalc et Rosier, 2017).
Le comportement humain, pour un tiers, est le résultat d'une interaction sophistiquée entre le système nerveux central et le système endocrinien. Cette collaboration étroite forme la base de la capacité à répondre de manière adaptée à son environnement physique et social et à réguler ses émotions.
Composé du cerveau et de la moelle épinière, le système nerveux central est le centre de contrôle principal de l’organisme. Il traite les informations sensorielles, génère les pensées et coordonne les mouvements. Cependant, il ne fonctionne pas de manière isolée.
Le système endocrinien, un ensemble de glandes réparties dans tout le corps, joue un rôle complémentaire crucial. Ces glandes produisent des hormones, véritables messagers chimiques qui circulent dans le sang et influencent l'activité des cellules, y compris les neurones. Les hormones ont un impact significatif sur la régulation des émotions et le métabolisme.
L'interaction entre le système nerveux et le système endocrinien donne naissance aux circuits neurohormonaux. Ces réseaux complexes intègrent les signaux nerveux (rapides et localisés) et hormonaux (plus lents mais à action étendue) pour produire des réponses comportementales adaptées (Durand et Barlow, 2002). Ces circuits sont au cœur des mécanismes qui sous-tendent les émotions et la personnalité.
Au cœur de ce système se trouve le neurone, l'unité fondamentale du système nerveux (Figure 1). Sa structure comprend le corps cellulaire qui contient le noyau et les organites essentiels à la vie de la cellule, les dendrites qui reçoivent les signaux d'autres neurones, l'axone transmettant les signaux électriques vers d'autres neurones et la gaine de myéline, une enveloppe isolante qui accélère la transmission des signaux le long de l'axone.
Figure 1. Neurone (cellule nerveuse) constitué d’un corps cellulaire, de dendrites et d’un axone entouré d’une gaine de myéline (Psychomédia, 2009)
Cette structure du système nerveux, avec son vaste réseau de neurones, permet une communication rapide et efficace, essentielle au traitement et à la transmission des informations. L’interaction complexe entre les systèmes nerveux et endocrinien assure le maintien de l'équilibre interne de l'organisme (homéostasie) tout en permettant une adaptation constante aux changements de l'environnement. Cette collaboration sophistiquée est fondamentale pour les capacités à ressentir, penser et agir de manière cohérente.
Le développement neuroendocrinien, un processus complexe s'étendant sur plusieurs années, joue un rôle crucial dans la croissance et la différenciation des réseaux neuronaux et hormonaux du cerveau. Il est au cœur de la formation des circuits cérébraux qui sous-tendent les différentes facettes de la personnalité et les réactions émotionnelles (Pichon et Vuilleumier, 2011).
Le système neuroendocrinien, bien que central, n'est qu'un des trois piliers qui façonnent le développement émotionnel et la personnalité. Ginger (2002) et Zuckerman (2003) identifient trois facteurs interdépendants qui influencent les circuits neurohormonaux, fondements des émotions et de la personnalité : l'épigénétique, le développement neuroendocrinien et les apprentissages.
L'épigénétique, qui représente environ un tiers de ces facteurs, explore comment l'environnement module l'expression des gènes. Elle révèle que l’héritage génétique n'est pas figé et que des éléments extérieurs peuvent le modifier, nuançant ainsi l'idée d'une détermination génétique absolue (Lagercrantz, 2010). Bien que la génétique fournisse les bases du développement neurologique et endocrinien, l'épigénétique orchestre l'expression des potentialités génétiques (Weitzman, 2022).
Le dernier tiers, les apprentissages, colore le développement à travers les expériences et interactions avec l'environnement. Ce processus continu, tout au long de la vie, contribue significativement à la construction de la personnalité et des émotions. Il permet d'acquérir des compétences sociales essentielles, telles que la communication, l'empathie, la coopération et la résolution de conflits. De plus, les apprentissages aident l'enfant et l'adolescent à découvrir leurs intérêts, talents et passions, favorisant ainsi la construction de leur identité et le développement de leur conscience morale et de leur sens des responsabilités.
Cette répartition équilibrée entre ces trois facteurs, soulignée par Ginger (2011) lors du 26e colloque de la FF2P à Montpellier, met en évidence l'importance égale de chacun dans le développement émotionnel et de la personnalité.
LES CINQ CIRCUITS NEUROHORMONAUX (MATIÈRE GRISE)
ET LES CINQ ÉMOTIONS PRIMAIRES
Le développement du cerveau humain est marqué par une phase cruciale de myélinisation intense, s'étendant de la naissance jusqu'à environ l'âge de trois ans (Gressens, 2021; Fields, 2008). De nombreuses études sur la myélinisation (Kinney et coll., 1988 ; Parazzini et coll., 2002 ; Deoni et coll., 2012 ; Miller et coll., 2012 ; Welker et Patton, 2012) ont établi les bases scientifiques pour déterminer l'ordre d'apparition des circuits neuronaux responsables des émotions fondamentales. Cette période critique est caractérisée par l'émergence de cinq circuits neurohormonaux distincts, chacun associé à des neurotransmetteurs et des hormones spécifiques dans diverses structures cérébrales (Poisson, 2015).
Le circuit neurohormonal de l’instinctivité et la colère
La myélinisation initiale des connexions entre le thalamus et le système limbique, qui se déroule de la naissance jusqu’au troisième mois de vie (Welker et Patton, 2012), joue un rôle fondamental dans l'établissement des mécanismes de régulation émotionnelle. Le thalamus, en tant que centre de traitement des informations provenant des cortex associatifs, devient crucial dans la modulation des réponses émotionnelles aux stimuli internes et externes.
L'insula postérieure et le cortex somatosensoriel sont impliqués respectivement dans l'évaluation des états viscéraux et le traitement des sensations somatiques (Boucher et coll., 2017, Cloutman, 2012). Telles que présentées dans la Figure 2, ces régions collaborent étroitement avec l'amygdale, qui fonctionne comme un système d'alerte rapide face aux signaux de danger potentiel, ce sont les circuits neurohormonaux de l’instinctivité.
En réponse à une menace perçue, l'amygdale active l'hypothalamus, initiant une cascade neuroendocrinienne selon les travaux de Panksepp (2011) et Davis et Panksepp (2018). Le mésencéphale augmente la libération de noradrénaline, intensifiant les réactions physiologiques telles que l'activité cardiaque et le tonus musculaire. Lacombe (2007) souligne aussi le rôle du mésencéphale dans la production d'adrénaline par les médullosurrénales, engendrant une réaction rapide et vigoureuse au danger.
Figure 2. Schéma du circuit neurohormonal de l’instinctivité (colère) selon Panksepp (1998) adapté et schématisé par Poisson. Les flèches jaunes représentent les voies noradrénergiques. Les flèches pointillées rouges représentent l’axe hypothalamo-hypophyso-surrénalien.
Parallèlement, à l’adolescence, l'axe hypothalamo-hypophysaire régule la sécrétion de gonadolibérine (GnRH) et de l'hormone lutéinisante (LH), influençant la production de testostérone et contribuant ainsi à des comportements de domination, comme l'a identifié Wright et coll. (2012). Cette interaction complexe entre les systèmes nerveux et endocrinien illustre la sophistication du cerveau humain dans la gestion des réponses aux défis environnementaux et internes. Ce sont ces mécanismes neurohormonaux qui sont impliqués dans la régulation de la colère mettant en jeu diverses voies et systèmes dans le cerveau et le corps. Au cœur de ce processus, les voies hypothalamo-hypophyso-surrénaliennes et les voies noradrénergiques associées au système sympathique se distinguent par leur rôle prépondérant dans l'activation de la réponse lorsqu’il y a un danger.
Le circuit neurohormonal de la sensorialité et la surprise
Le développement du circuit neurohormonal de la sensorialité est une étape importante dans la maturation neurologique du nourrisson, se déroulant principalement entre le troisième et le septième mois de vie (Welker et Patton, 2012). Ce processus contribue à l'élaboration d'une perception affinée de l'environnement.
La myélinisation se produit spécifiquement entre le thalamus, un centre de relais pour les informations sensorielles, et l'hippocampe, une région du cerveau impliquée dans la mémorisation et l'apprentissage, tel qu’illustré dans la Figure 3. Cette myélinisation optimise la communication entre ces deux structures, contribuant à une meilleure perception des stimuli sensoriels.
La myélinisation s'accompagne d'une augmentation de la circulation de la noradrénaline, un neurotransmetteur qui permet l'activation du système nerveux. Cette augmentation stimule l'attention et la vigilance, deux éléments clés pour l'enregistrement et le traitement des informations sensorielles dans l'hippocampe.
L'optimisation du circuit neuronal de la sensorialité a ainsi des implications profondes pour la perception du bébé. En effet, une transmission plus rapide et plus efficace des signaux nerveux améliore le processus de discrimination des stimuli. Cette acuité sensorielle optimum garantie une meilleure protection pour le bébé. En effet, elle lui permet de réagir de manière plus appropriée aux stimuli environnementaux, en se détournant des sources de danger ou en attirant l'attention de ses parents.
Selon LeDoux (peur, 1998), lorsqu'un nourrisson se retrouve confronté à une situation potentiellement dangereuse, mais non vitale, l'information perçue est initialement traitée par le thalamus. Le thalamus agit comme une station de relais, envoyant des informations aux cortex associatifs unimodaux. Cette étape permet de préciser l'objet de la menace en identifiant ses caractéristiques spécifiques. Les informations sont également relayées des cortex associatifs unimodaux aux cortex associatifs polymodaux. Ce relais supplémentaire enrichit la compréhension de la menace en intégrant diverses informations sensorielles pour former un concept global du danger qui est envoyé à l'hippocampe, responsable de la mémoire sensorielle. Ce dernier traite le contexte dans lequel la menace est perçue. Ce traitement en plusieurs étapes permet une évaluation complète de la situation, facilitant ainsi la réponse la plus appropriée face au danger.
Lorsque l'hippocampe reconnaît un danger imminent, il transmet l'alerte à l'amygdale, qui orchestre alors une réponse de survie en communiquant avec l'hypothalamus. L'hypothalamus, via le mésencéphale, active le système sympathique, préparant le corps à réagir, soit par la fuite, soit par la lutte. Cette mobilisation se manifeste par une accélération du rythme cardiaque, une décomposition accélérée des graisses pour libérer de l'énergie et une vigilance accrue.
En complément à cette réaction immédiate, l'hypothalamus initie également une réponse hormonale en sécrétant de la corticolibérine (CRF). La CRF stimule l'hypophyse, qui libère à son tour de l'adrénocorticotrophine (ACTH). L'ACTH provoque la production de cortisol par les corticosurrénales. Le cortisol joue un rôle clé dans la gestion de la réponse au stress en maintenant l'activité musculaire grâce à la libération de glucose, fournissant ainsi l'énergie nécessaire pour affronter ou fuir la menace. Ce mécanisme complexe, connu sous le nom d'axe hypothalamo-hypophyso-surrénalien (Tottisi, 2013 et coll.), illustre l'efficacité et la sophistication du système de réponse au stress.
Ce processus biologique complexe démontre l'importance de la myélinisation dans le développement des capacités adaptatives des nourrissons face aux situations de danger. Il souligne également le rôle fondamental des différentes régions du cerveau et des hormones dans la gestion du stress et la survie.
Ainsi, les circuits neurohormonaux de la sensorialité jouent un rôle crucial dans la réaction de surprise chez le nourrisson, une émotion qui maintient l'organisme en état d'alerte grâce à l'activation du système sympathique et à l'augmentation des niveaux de cortisol. Cette réaction biologique permet au nourrisson de rassembler et de conserver l'énergie nécessaire pour affronter un danger potentiel jusqu'à ce que celui-ci soit neutralisé. Ce mécanisme, identifié comme le système inhibiteur de l'action (SIA) par Henri Laborit (1970), montre comment le corps réagit instinctivement pour protéger l’enfant face à des menaces imprévues.
Cependant, le cortisol, en dépit de son rôle protecteur, interagit étroitement avec le système immunitaire. Une présence excessive de cortisol sur une longue période peut affaiblir les défenses immunitaires de l'organisme. Selon les recherches de Lupien (2010), un stress chronique, résultant en une élévation soutenue du taux de cortisol, peut mener à un état d'épuisement généralisé et favoriser l'apparition de maladies psychosomatiques, confirmant les théories de Hans Selye (1955) sur le stress.
La résolution de la situation de danger induit un processus de régulation où le cortisol exerce un effet de rétrocontrôle sur l'hippocampe, signalant que le danger est passé et que la vigilance accrue n'est plus nécessaire. L'hippocampe, agissant comme un régulateur, informe alors l'amygdale de diminuer la production de CRF et la libération de l'ACTH, conduisant à une baisse de la production de cortisol et rétablissant ainsi l'équilibre hormonal et l'homéostasie dans l'organisme. Cette capacité de retour à l'équilibre, orchestrée par l'axe hypothalamo-hypophyso-surrénalien, est fondamentale pour permettre au nourrisson de poursuivre son développement de manière saine et harmonieuse.
Ce mécanisme sophistiqué de réponse et de régulation du stress illustre l'importance des interactions entre les systèmes neurohormonaux et immunitaires dans le maintien de la santé et du bien-être. Il souligne la nécessité d'un environnement stable et sécurisant tout au cours de l’enfance et l’adolescence, où les situations de stress aigu peuvent être rapidement résolues, afin de promouvoir un développement optimal et de prévenir les conséquences négatives d'une exposition prolongée au stress.
Le circuit neurohormonal de la cognitivité et le désir
Le développement du désir chez l'enfant est un processus développemental complexe et captivant qui s'appuie sur la myélinisation du circuit neuronal de la cognitivité, se déroulant entre le septième et le quinzième mois (Welker et Patton, 2012). Cette myélinisation commence au niveau du thalamus et se propage ensuite vers les noyaux accumbens, au cortex préfrontal et à l'hippocampe, comme illustré dans la Figure 4. Cette étape est fondamentale pour le développement des capacités cognitives de l'enfant, notamment en ce qui concerne la motivation.
Selon les recherches de Tassin (récompense, 2013, 2021), cette période est caractérisée par une activation accrue et une attention plus soutenue, favorisant ainsi une augmentation significative de la synthèse de dopamine dans l'aire tegmentale ventrale (ATV). La dopamine, souvent surnommée « l'hormone du plaisir », joue un rôle clé dans le système de récompense du cerveau. Elle est acheminée vers le septum, générant une sensation agréable de plaisir, et vers les noyaux accumbens, influençant directement l'amygdale et l'hypothalamus.
L'effet de la dopamine sur les noyaux accumbens est particulièrement important, car il renforce les comportements qui répondent aux besoins fondamentaux de l’enfant. Ces mécanismes biochimiques sont à la base de l'apparition du désir et de la motivation à répéter les actions qui mènent à la satisfaction des besoins et des envies. Ainsi, l'ensemble de ces centres cérébraux interconnectés joue un rôle vital dans la perception de la récompense et dans le renforcement des comportements qui permettent d'atteindre ces états gratifiants.
En parallèle, l'hypothalamus joue un rôle pivot dans la production de bêta-endorphine, libérée par l'adénohypophyse dans les noyaux accumbens. Cette libération de bêta-endorphine, comme l'explique Trezza et coll. (2011), contribue à un renforcement positif, intensifiant ainsi la sensation de bien-être et incitant l'individu à poursuivre les actions qui procurent plaisir et satisfaction.
La myélinisation du circuit neuronal de la cognitivité a un impact direct sur la circulation de la dopamine, le neurotransmetteur principal pour le développement du comportement exploratoire. La dopamine est connue pour son rôle dans la régulation des sensations de plaisir et de récompense, ce qui rend les activités exploratoires particulièrement attractives et gratifiantes pour l'enfant. L'exploration est ainsi associée à la découverte de nouveaux stimuli, à l'apprentissage et à la maîtrise de l'environnement, ce qui stimule la libération de dopamine et procure un sentiment de satisfaction.
Ce circuit complexe de la cognitivité, orchestrant la synthèse et la libération de neurotransmetteurs clés comme la dopamine et la bêta-endorphine, illustre l'ingéniosité du cerveau humain dans la formation des préférences et des motivations dès le plus jeune âge. Il met en lumière la manière dont les expériences sensorielles et les interactions avec l'environnement façonnent non seulement la structure cérébrale mais aussi les comportements et les inclinations futures de l'individu. Ce processus souligne l'importance d'un environnement riche et stimulant pendant ces mois cruciaux de développement, permettant ainsi aux enfants et aux adolescents de construire des fondations solides pour leur développement intellectuel futur.
Le circuit neurohormonal de l’affectivité et la tristesse
L’apparition de la tristesse chez l'enfant est un processus développemental qui s'appuie sur la myélinisation du circuit neuronal de l’affectivité, se déroulant entre le quinzième et le vingt-quatrième mois de la vie (Welker et Patton, 2012). La myélinisation s'étend dans les régions avancées du cerveau, tel qu’illustré à la Figure 5. Cette phase de développement est importante, car elle concerne des zones cérébrales impliquées dans la gestion des affects et des sensations complexes, comme le souligne Decety (2010, 2020). L'insula antérieure, responsable de la perception des états viscéraux tels que la faim ou la satiété, et les cortex somatosensoriels secondaires, qui traitent les informations sensorielles telles que le toucher ou la pression, commencent à établir des connexions significatives. Ces liaisons se prolongent ensuite vers les cortex cingulaires antérieurs, impliqués dans la dimension affective de la douleur et le sentiment de solitude, et les cortex préfrontaux médians, qui évaluent l'intensité du malaise et coordonnent la réponse émotionnelle en informant l'amygdale.
Figure 5. Schéma du circuit neurohormonal de l’affectivité (tristesse) selon Decety (2010) adapté et schématisé par Poisson. Les flèches bleues représentent les voies sérotoninergiques et les flèches pointillées bleues représentent l’axe hypothalamo-hypo-épiphysaire.
L'amygdale joue un rôle pivot en communiquant avec l'hypothalamus pour activer le mésencéphale, déclenchant ainsi une augmentation de la sérotonine dans le système parasympathique. Cette cascade d’évènement entraîne une réduction de l'activité cardiaque et du tonus musculaire, favorisant une phase de récupération à la suite d’un malaise ou d’une douleur non physiologique. Ce ralentissement permet à l'enfant de mieux ressentir ce qui se passe en dedans de lui lorsqu’il vit une déception à la suite d’une perte.
Graduellement, en ressentant le malaise d'autrui en écho à sa propre expérience, l'enfant développe sa sensibilité envers les autres. Il découvre que ses propres émotions ne sont pas uniques et commence à comprendre l'existence d’autrui en tant qu’individu distinct, avec ses propres sentiments. Cette prise de conscience constitue le fondement de l'empathie. Ce processus 'empathique, souvent décrit comme « se mettre à la place de l'autre », est le pilier du développement des compétences sociales telles que la compassion et l'entraide. Cependant, en se souciant de l’autre, l’enfant doit apprendre à mettre de côté certains besoins ou désirs, ce qui peut entraîner une forme de déception lié à la tristesse.
Parallèlement, l'hypothalamus commande la production d'ocytocine par la neurohypophyse, déclenchant un effet qui renforce les liens sociaux et l'attachement, comme le démontre Ditzen et coll. (2009) et Saive et Guedeney (2010). Les travaux de Lefevre (2016) vont plus loin en mettant en lumière l'interaction entre l'ocytocine et la sérotonine, soulignant leur importance dans le comportement social et l'attachement. De plus, l'hypothalamus stimule l'épiphyse pour sécréter de la mélatonine, essentielle à un sommeil réparateur, indique De Jaeger (2012).
D’une manière générale, l’ocytocine est impliquée dans le déplacement de l’équilibre entre l’attention portée à soi-même vers autrui. Elle est clairement impliquée dans la mise en place et le maintien des liens parentaux, filiaux, chez l’animal comme chez l’homme (Saive et Guedeney, 2010). Son rôle dans la facilitation des comportements sociaux et reproductifs est multiple (Donaldson et Young, 2008). Dès 22 mois, les enfants expriment davantage de regards inquiets et des comportements réconfortants pour une autre personne qui se trouve dans une situation douloureuse même si elle ne montre aucune émotion explicite sur son visage (Vaish et coll., 2009). Cela démontre que, vers 2 ans, la capacité d’empathie ne nécessite pas d’indices émotionnels explicites, pas plus qu’une réaction de détresse émotionnelle manifeste, mais une compréhension de l’état subjectif d’autrui à un niveau cognitif.
Dans cette étape du développement, la sérotonine (5-HT), jouant le rôle de neurotransmetteur inhibiteur, émerge comme un régulateur clé, modulant l'activité neuronale et contribuant à l'équilibre émotionnel de l'enfant. Comme l'a identifié Roberge et coll. (1976), la sérotonine contraste avec la dopamine, un neurotransmetteur associé à l'activation et à la motivation. Les voies sérotoninergiques, en ralentissant l'activation, offrent une contrebalance aux voies dopaminergiques, ce qui contribue à l'établissement d'un niveau d'équilibre neurohormonal.
Ce mécanisme délicat souligne la complexité et la sophistication du système neurohormonal de l’affectivité. L'importance d'un environnement stable et soutenant qui encourage l'expression de la tristesse et favorise les interactions sociales, permet ainsi aux enfants et aux adolescents de développer une résilience affective qui les accompagnera tout au long de leur vie. Il existe des données empiriques (Liu, 2022) suggérant que nombre de ces comportements empathiques sont influencés par les interactions sociales avec les autres ainsi que par la modélisation des adultes dans la vie de l’enfant.
Créez votre propre site internet avec Webador